Winston Churchill devant le Congrès Américain (1943)

 

Pendant la seconde guerre mondiale Winston Churchill, Premier Ministre Anglais de 1940 à 1945, est reçu par le Congrès Américain. Il parle à la tribune pour demander une intervention plus poussée de l’armée des Etats Unis aux côtés des alliés contre les forces de l’Axe. Les feuilles de son discours sont posées devant lui, mais ne tiennent pas son regard prisonnier. Elles ne risquent donc pas de tuer sa performance.

On sent cet homme d’état plus soucieux de toucher son public que de lire ses notes. Même quand il les lit, sa voix puissante continue à parler pour tout l’amphithéâtre. On a même l’impression qu’il ne compte pas sur les micros pour la faire entendre. Ecoutez la les yeux fermés, on n’entend en aucune façon qu’il lit son discours. Il est comme le golfeur qui regarde sa balle quand il la frappe, mais ne songe qu’au green qu’il veut atteindre. Même en lisant, Churchill est solidaire de son public comme le golfeur en frappant sa balle est solidaire du green. C’est pourquoi, appelée par son public sa voix est puissante, faisant vibrer à l’unisson le corps de l’orateur et celui de chaque parlementaire Américain. L’émotion, le pathos, est là directement dans sa voix. Oh miracle, l’orateur n’a pas besoin de « mettre le ton ».

La posture de l’orateur est exemplaire. Le souci exclusif qu’il a de son public le conduit à se dégager d’un pas en arrière du pupitre, quitte à ne plus voir ses notes que de loin, pour mieux se redresser et embrasser du regard l’amphithéâtre tout entier quand il le désire. Cela lui donne une stature de leader, qui lui fait ignorer superbement le pupitre. Il n’a donc pas besoin de s’y cramponner des deux mains comme le font aujourd’hui la plupart de nos orateurs.

C’est un anglais, son geste est rare, l’homme revendique sa culture. On voit même parfois ses bras inertes le long du corps alors que sa voix gronde. Et quand un geste surgit, il surprend. Ainsi, sa façon soudaine de plaquer ses deux mains très haut sur sa poitrine est plus qu’originale. Elle n’appartient surement qu’à lui. L’ethos est là, dans l’affirmation d’un style, mystérieuse traduction de sa culture et de son histoire personnelle. C’est ainsi qu’il signe son discours.

Il ne fait pas de doute que Winston Churchill va bien au-delà du logos écrit sur les feuilles posées sur son pupitre. Les derniers mots de son discours qui pourraient paraître grandiloquents, portés par cette grande voix dans ce contexte de guerre mondiale sont simplement éloquents. Etaient-ils déjà écrits ou les a-t-il trouvés sur le moment ? A moins d’avoir le texte sous les yeux, on ne le saura jamais. C’est la part de mystère des grands orateurs, le public ne s‘en plaint pas bien au contraire. Leurs phrases sont tellement belles qu’on a l’impression qu’elles sont écrites à l’avance, mais elles surgissent dans leur discours avec une telle vérité de sentiment, que l’on pense qu’elles leurs viennent à l’esprit sur le champ.
Quelle performance !

Stéphane André

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