Un Président bien seul

Le discours d’Emmanuel Macron dans la cour de la Préfecture de Police à Paris, en hommage aux quatre policiers tués par un islamiste radicalisé était un beau discours. Des mots « 7 minutes » qui indiquent ce qu’a duré le massacre par lesquels il commence jusqu’à l’anaphore finale des quatre « Faisons bloc !… » préparant « et à la fin nous l’emporterons », le discours est construit pour donner courage et espoir à tous et à chacun. Des mots resteront. « l’hydre Islamique », « une société de vigilance ».

Pourtant quelque chose a manqué. Le Général De Gaulle apprenait ses discours par cœur. On imagine le temps qu’il y passait, qui s’ajoutait au temps qu’il avait passé à les rédiger de sa propre plume. De sorte qu’à la tribune ne lisant pas il regardait toujours son public. On a pu vérifier qu’à son contact il changeait certains termes du discours pour des mots mieux choisis et plus percutants. Il fut parmi ceux qui nous ont appris que parler en public ne consiste pas à dire ce qu’on a prévu de dire, mais plutôt à aller au-delà grâce au public. Il parlait au public. C’est pourquoi ses discours produisaient une véritable émotion, comme ceux de Martin Luther King ou de Robert Badinter. C’est l’émotion qui manqua au discours d’Emmanuel Macron dans la cour de la Préfecture de Police. Il ne put qu’en simuler les accents.

Sans doute était-il plus conscient que le Préfet Pierre-André Durand ou qu’Edouard Philippe de sa responsabilité d’orateur, qui lui commandait d’émouvoir. Mais prisonnier de ses notes et bien seul sous son petit dais blanc posé sur un grand espace vide, il n’était en contact avec personne. Le ton et le rythme de son discours ne pouvaient surgir d’une rencontre impossible avec son public. Emmanuel Macron fut donc contraint de les « fabriquer » tous les deux. Ils furent convenus, « de circonstance » et rien de plus. D’où l’absence d’émotion dans le discours et chez l’orateur l’absence de style. Du logos, mais ni pathos ni ethos.

Cherchez aujourd’hui des orateurs capables, avec un texte sous les yeux ou un texte appris par cœur, de faire de leur public la première ressource pour produire leur discours. Vous aurez du mal. Tout oublier avec le public pour tout réinventer avec lui. Louis Jouvet avait raison : « Quelle confiance il faut avoir dans le public ! ». Sans cette confiance que l’orateur doit pourtant décider, il n’est pas de discours possible, partant pas de vie possible pour les idées.

Stéphane André

Commentaires

  1. Stéphane

    Oui, les circonstances. Mais l’empathie naturelle de l’homme, ou son absence… que l’art oratoire le plus consommé ne pourrait masquer ?

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