Leo Duff ou l’Art Oratoire digital

Dans sa chronique sur les dangers d’internet pour la vie privée, le youtuber Léo Duff nous apprend en quelques minutes plus que beaucoup d’entre nous n’en ont jamais appris sur Edward Snowden, le « Patriot Act », la CIA, la NSA, et Microsoft.

Ses premiers mots : « Et si je vous disais qu’en réalité on est tous morts ? Pas au sens physique, mais moral, avec comme seule trace de notre existence : de toute façon je n’ai rien à cacher ». Belle phrase pour accrocher l’attention. Mais en Art Oratoire, n’en déplaise aux idolâtres de la plume, même en communication digitale le texte n’est rien sans l’orateur. Sans emphase inutile, Léo Duff reste passionnant jusqu’au bout de sa chronique, même lorsqu’il est dans le corps aride du sujet.

Le youtuber est toujours en mouvement. Mouvements de la tête sur le côté, vers l’avant ou repartant en arrière, des mains qui apparaissent parfois dans le cadre, des intonations et des expressions du visage, de la bouche qui articule, du cerveau qui pense les mots à une vitesse surprenante. Une telle abondance de mouvements échappe en général au contrôle d’un orateur ordinaire. Elle entraîne chez lui une expression confuse. Léo Duff au contraire nous offre un festival de mouvements synchronisés.

Lorsqu’on s’amuse sur un papier à dessiner un cube, pour que tous les traits respectent la perspective il faut se choisir un point de fuite. Sans lui le cube ne tient pas. Le point de fuite choisi par Léo Duff pour construire son expression est l’œil de la caméra qu’il ne le quitte pas du regard. Lorsqu’il s’en écarte, il ne l’oublie pas puisqu’il y revient très vite. Et même quand il baisse les yeux pour nous lire les écrits de Snowden, on entend qu’il lit pour nous et qu’il a toujours en tête l’œil de la caméra. Le point de fuite qu’elle constitue pour lui fédère tous ses mouvements dans la même perspective. Ils construisent ensemble une forme pure, comme un cube bien dessiné, un personnage net et percutant.

Seules les épaules restent immobiles. Leur position basse, qui libère bien les mouvements de la tête, révèle un dos droit. C’est normal, quand on regarde où l’on va, on se redresse. La voix se place donc très bien. Et l’on arrive à l’essentiel de la performance de Léo Duff : bien qu’aussi rapide qu’une succession de doubles croches sur une partition, son discours est clair et facile à suivre. On n’a pas envie de lui demander de parler moins vite. Un pur bonheur pour l’esprit.

 

Stéphane André

 

Voir la chronique « Internet est mort(et vous aussi) » de Leo Duff sur YouTube

Commentaires

  1. Laurent SABBAH

    Une remarques : la vidéo de cette l’intervention orale est un montage d’environ 120 à 130 plans, il y a un nouveau plan toutes les 6 à 8 secondes, et cela fonctionne bien et donne du rythme. Cette tirade d’un seul tenant, c’est-à-dire en live, serait un vrai défi !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *