Steve Jobs présente l’Iphone

Je parierais volontiers qu’on n’a jamais vu en France d’orateur aussi détendu que Steve Jobs présentant l’Iphone d’Apple en 2007, seul sur scène devant des milliers de personnes. Jugez-en par la vidéo jointe à cet article. Si sa présence en scène sur cette vidéo nous semble, à nous français, extraordinaire, pour les américains elle était surement proche de l’ordinaire.

Nous avons souvent avancé l’idée que si la peur de parler en public n’existait pas, aucun d’entre nous n’aurait de difficulté à parler en public. Même devant des milliers de personne, nous parlerions sans aucune gêne. Sans même le savoir nous utiliserions toutes les ressources que la nature nous a données pour parler en public, nous serions tous des Steve Jobs.

L’ancien dirigeant d’Apple ne projetait pas inconsciemment comme nous sur la masse anonyme de son public le souvenir d’éducateurs censeurs qu’il aurait rencontré dans son enfance, parce qu’il n’en avait jamais rencontré. L’éducation américaine a ses défauts propres, mais elle n’a pas celui d’enseigner aux enfants la peur de parler en public. Elle conférait donc à Steve Jobs un style très différent de celui de n’importe lequel de nos orateurs. Aucun ne réussira jamais sur scène à être aussi détendu que lui.

Sous son style, assez marqué par le besoin de bouger, observons la technique de Steve Jobs – chez les grands orateurs le style masque toujours la technique. En parlant, il regarde son public comme un partenaire et son égal dans le dialogue. Quand il baisse les yeux au sol pendant son introduction, c’est toujours entre deux phrases, comme pour laisser le terrain à son public et le faire venir à lui. Ça n’est pas comme chez nous pour chercher ses mots. Dans le développement du discours le public l’a rejoint. Leur dialogue est plus serré. Steve Jobs ne le quitte presque plus des yeux. Appuyé sur ses réactions de plus en plus vivantes, il devient lui-même de plus en plus puissant dans la voix et le geste. L’orateur et son public opèrent ensemble une montée dramatique, qui leur fait vivre la progression de plus en plus passionnante de l’idée qu’ils se font l’un et l’autre de la révolution apportée par l’IPhone. C’est l’accession à la compréhension par l’émotion. Tous les publics du monde l’attendent. Elle leur est toujours offerte par les grands orateurs.

On voit aussi chez Steve Jobs les bases techniques classiques car universelles de l’Art Oratoire. Son regard sur le public le redresse dans sa verticalité, en appui sur ses deux jambes, les deux pieds bien écartés sous les épaules, les épaules relâchées et la tête haute. Ses retombées de bras le long du corps lui apportent de bonnes reprises de souffle, suivis de mouvements précis et élégants.

Travailler les techniques de l’Art Oratoire ne fera pas de nous des Américains. Nous pouvons être des orateurs aussi performants, portant et revendiquant notre propre culture.

 

Stéphane André

Commentaires

  1. Ignacio lopez

    Merci pour cette prise de recul à travers d’un orateur américain

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