Regard centré et regard périphérique

Le Journal du Dimanche du 17 mai apporte une contribution inattendue à notre enseignement de l’Art Oratoire. Titre de son article à la modeste page 26 : « Le regard comme unique miroir de nos émotions ». On y lit que le port du masque est un obstacle à la lecture des émotions sur le visage des gens. Cité dans cet article Christian Marendaz, chercheur en psychologie cognitive à l’Université Pierre Mendes France de Grenoble, affirme : « Le regard seul va être source de nombreuses erreurs d’interprétation ». Et le journaliste d’affirmer après enquête auprès des chercheurs : « Les principales informations ne viennent pas de nos yeux, contrairement à une croyance répandue ».

Observez le visage d’une personne en colère. Elle s’exprime sur les traits de son visage. Formez avec votre main une petite lunette pour ne plus voir que son œil, vous n’y lirez rien. C’est bien naturel, puisque l’œil est avant tout un organe de perception. Il est conçu par la Nature pour recevoir des informations, non pour en donner. C’est un radar. La seule information qu’il puisse donner, c’est s’il fonctionne ou non. Le regard attentif est allumé, celui qui ne l’est pas est éteint. Aussi est-ce absurde de dire qu’il lance des flammes ou tire des balles de revolver. C’est plus joli de le dire comme ça, mais c’est faux. On confond là le regard avec les traits du visage.

Alors, dira-t-on, pourquoi regarder notre interlocuteur dans les yeux si l’on n’y lit rien ? Parce qu’on regarde alors au centre de son visage, au cœur de la représentation que joue ses traits. Apparaît ici un phénomène que le besoin d’enjoliver les choses nous a fait complètement oublier : la vision périphérique de l’œil. C’est elle qui se charge de saisir les traits du visage et dans une périphérie plus large la posture, les changements de posture et les gestes de l’interlocuteur. Notre cerveau reçoit la représentation tout entière et identifie précisément l’émotion qui habite l’interlocuteur.

En équitation le regard centré s’appelle le regard dur. Il s’intéresse à la direction que l’on veut prendre avec le cheval. Le regard périphérique s’appelle le regard doux, il enregistre tout ce qui se passe dans l’environnement que nous traversons. C’est lui qui en dernier ressort nous fait décider de la direction que nous allons prendre. La vision périphérique de l’orateur décidera aussi toujours de l’orientation de son discours.

 

Stéphane André

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