Pathos et ethos, ou la performance de l’Orateur

Notre dernière newsletter (articles de novembre Dialogue avec mon papier et Un Président bien seul) montrait par trois exemples tirés de l’actualité, combien la lecture d’un discours pouvait entraver l’orateur en le contraignant à coller son regard à la trace morte d’un logos fossilisé dans l’écriture. Et nous soulignions qu’il lui devenait impossible, même s’il en avait le désir, de produire le pathos et l’ethos indispensables à l’impact du discours. En quoi sont-ils indispensables ?

Le pathos est l’émotion ressentie par l’orateur qui, grâce à la puissance et à la beauté de sa voix, vibre physiquement des mots de son discours. Vibrant en même temps de cette voix par la magie des ondes sonores, saisi par conséquent par la même émotion, le public vit alors lui-même la relation authentique que l’orateur entretient avec les mots qu’il prononce, au moment où il les prononce et dans le contexte où il les prononce. Bien plus que les mots eux-mêmes, c’est ce pathos porté par la voix de l’orateur qui peut seul entraîner l’adhésion profonde et pérenne du public à la cause qu’il défend.

L’ethos, quant à lui, désigne le style de l’orateur. Il s’exprime dans ses postures et ses mouvements, notamment dans sa façon de développer sa pensée qui n’est autre que le mouvement de son cerveau. Forgé par tout ce qu’il a vécu, le style de l’orateur raconte son histoire. Et comme chaque histoire est particulière, chaque style d’orateur est particulier. Le style signe donc son discours et personnalise sa fonction. Comme Molière personnalise son avare en le nommant Harpagon ou son faux dévot en le nommant Tartuffe. Le public a besoin de la signature stylistique de l’orateur, qui l’assure de la présence d’une personne derrière le discours.

Revenons au logos, c’est-à-dire au texte du discours. Ecrit sur des feuillets, il résume l’état du savoir et du savoir-faire de l’orateur sur le sujet dont il traite, en somme, sa compétence sur ce sujet. Le pathos et l’ethos tels que nous venons de les définir déterminent quant à eux et à eux seuls la performance de l’orateur. Beaucoup de discours lus sur des feuillets ou des prompteurs, en entreprise ou en politique comme ceux que nous avons évoqués dans notre précédente newsletter, sont des discours d’orateurs a priori compétents mais malheureusement non performants. C’est une sorte de gâchis général de la pensée.

Sans la performance, la compétence n’est rien. En Art Oratoire, sans le pathos et l’ethos, le logos n’est rien.

Stéphane André

Commentaires

  1. Bernard

    Lire cet article pendant les interruptions de séance d’Assise avec me Jakubowitz… un beau moment ou clairement la competence rejoint lea performance !

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