La première interview de Jean Castex

La première interview de Jean Castex sur TF1, au lendemain de sa nomination au poste de Premier Ministre, laisse penser qu’il marquera durablement notre histoire. Sa générosité physique le place en tous cas dans le camp des orateurs.

Elu local, il fut jusqu’à présent au plan national un conseiller dans l’ombre. Le 3 juillet, soudain en pleine lumière sur le plateau de TF1, il n’est pas à l’aise pour répondre à la première question. On le voit chercher puis trouver ses premiers mots les yeux baissés : « Alors, je crois surtout que nous sommes dans un contexte nouveau, je pense que les Françaises et les Français… ». Démarrage difficile. La journaliste ne le laisse pas finir et lui coupe la parole. Piqué au vif, pour sa deuxième réponse il évacue les bruits sur la raison de sa nomination auxquels elle fait allusion (« oui, j’ai entendu »), la regarde et se redresse : « Soyons clairs, Madame, je ne suis pas ici pour chercher la lumière, je suis ici pour chercher des résultats !… ». Il enchaîne avec un exposé clair et percutant de sa méthode pour relancer l’économie. On ne lui coupe plus la parole. Il maîtrise la lumière.

Ensuite avant de répondre il prend encore parfois le temps de réfléchir en silence en regardant ailleurs. D’une belle tenue physique dans ces moments-là, il crée le suspens. Puis il développe ses réponses le regard dans celui de la journaliste. Quand il hésite, il la regarde encore, attendant comme nous et comme elle que lui vienne le mot adéquat… ce qui ne manque jamais. Il donne ainsi à son discours un rythme plein de surprises, qui change des points et les virgules d’une ponctuation écrite habituelle chez les fastidieux orateurs sans regard.

Parfois il avance la tête pour insister sur un mot, comme on le fait couramment dans les discussions ordinaires. Mais très vite il la replace au-dessus de son corps et baisse ses épaules, dans une posture parfaitement verticale qui construit son personnage de Premier Ministre. En Art Oratoire, cela s’appelle le retour en cervicale. Et chaque fois, naturellement, la voix déjà très audible reprend de l’ampleur, apportant puissance et sérénité au personnage qu’il incarne maintenant avec aisance. Chez les orateurs ordinaires, adeptes des seuls coups de menton et de la rupture de regard pour chercher leurs mots, le retour en cervicale n’existe pas. Jean Castex « met le paquet » physiquement sans jamais s’emballer.

Quand on lui demande de se définir en tant que personne, il fait répondre son personnage : « Ce qui me définit le mieux, dans mon parcours en termes politiques, c’est d’abord que je suis un gaulliste social ». La journaliste n’essaiera pas d’aller plus loin. Ensuite avec un naturel qui donne toute sa crédibilité à sa profession de foi, il use de termes typiquement gaulliens. Quand la journaliste lui demande : « Est-ce qu’on peut être fidèle à deux Présidents différents [Sarkozy hier, Macron aujourd’hui] ? », il répond sans chercher ses mots : « On peut être fidèle à la France ». Et quand on le presse d’apporter ses solutions à la crise : « Avant de donner des solutions, je souhaite qu’on en discute avec la nation ». De Gaulle discutait avec la nation, jusqu’à accepter lors du référendum de 1969 qu’elle le pousse à la démission. Orateur de bonne tenue, Jean Castex est par conséquent aussi capable d’une certaine hauteur de pensée, en résonnance avec celle du Général de Gaulle notamment. C’est là précisément que conduit la véritable éloquence. Nous suivrons le premier Ministre dans ses prochaines prises de parole !

 

Stéphane André

 

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