L’éloquence d’un orateur confiné

Le mercredi 25 mars, notre Ministre de la Santé Olivier Véran a répondu depuis son bureau, dans l’émission « C à Vous », aux questions de Patrick Cohen, d’Anne Elisabeth Lemoine et du docteur Michel Cymes présents sur le plateau. Le premier ouvrit le feu avec un papier très complet citant les multiples procès en incompétence intentés par l’opposition au gouvernement pour sa gestion de la crise sanitaire. Ensuite rien ne fut épargné au Ministre, du manque de respirateurs et de lits de réanimation à la pénurie de masques, en passant par la chloroquine prescrite à Marseille par le Professeur Raoult comme le remède miracle contre le Covid-19.

Les réponses du Ministre sont étrangement claires, étayées et toujours terminées par une conclusion ramassée répondant à la question ou allant au-delà. Il montre simplement une belle verticalité, produit une voix qui sans être exceptionnelle se fait bien entendre, et parfois accompagne sa diction d’un geste discret de sa main droite qui reste bas et près du corps. Il est équilibré et puissant dans l’action, ce qui paraît surprenant pour un dirigeant confiné.
Son secret réside dans le fait qu’il ne quitte pas du regard l’œil de la caméra. Et son regard n’est pas vide de sentiment, bien au contraire. Il fait la démarche de voir dans cet œil technologique, les journalistes qui l’interrogent pour nous. Il est dans une attitude d’intérêt décidé pour eux, que pourtant il ne voit pas. Il suffit d’observer la vivacité de son regard pour s’en convaincre. Incluant ainsi imaginairement ses interlocuteurs dans son discours, il cale son rythme de parole sur ce qu’il sent être leur rythme d’écoute. Nous ne sommes pas dans sa tête, mais on peut croire que c’est ce qu’il fait, car il en donne parfaitement l’impression. Le corps ne ment pas, et dans le corps, l’œil moins que le reste. Il a ainsi quelques silences étrangement longs, le regard toujours dans l’œil de la caméra : l’équipe sur le plateau ne songe pas à l’interrompre, car ces silences sont pour elle.

Grâce à cette maîtrise du rythme, après chaque groupe de mots le temps cérébral nécessaire à la construction intuitive de la suite du discours peut s’écouler. Aucune impatience par conséquent n’habite l’orateur, aucune angoisse de ne pas trouver les bons mots : ils arrivent à temps et naturellement sans qu’il ait eu à les chercher. Ce qui explique qu’on n’entend aucun son ni aucun mot parasite dans les réponses du Ministre d’un bout à l’autre de l’interview. Tout ce qui fut dit fut utile à sa démonstration et à ceux qui l’entendaient.

A condition qu’il sache comment regarder l’œil de la caméra qui le filme, l’orateur confiné peut rencontrer son public plus authentiquement encore que s’il était en sa présence.

Stéphane André

 

Voir l’interview d’Olivier Véran dans l’émission « C à vous », à 8’30.

Commentaires

  1. CAMPANA

    TOUT A FAIT D’ACCORD AVEC L’ANALYSE SUR VERAN.
    C’EST UN VRAI DEBATEUR

    1. Stéphane André

      .Merci camarade
      Pardon pour cette réponse tardive, et heureux de te savoir d’accord! Un pur bonheur.
      Je vous embrasse
      Amitiés

  2. Zulkani

    Les yeux de l’ orateur remplis d’intensité, de lumière, de bonne intention, sur la caméra indique, à chaque personne, public, qui regarde, que l attention de l orateur lui est porté, même si la distance de non proximité physique peut paraître un obstacle, la technique de l’EDAO crée cette fois une proximité relationnelle, une proximité cognitive, une proximité géographique….. tout cela s apprend et se pratique …. je suppose :)))

    1. Stéphane André

      On ne peut pas mieux dire, mon cher Zulkani. J’espère que vous traversez notre crise sanitaires sans encombres.
      Je suis très honoré que vous nous suiviez toujours
      Amitiés
      Stéphane

  3. Sabbah laurent

    Le 6 avril vers 19h, Olivier Veran était derrière son pupitre les yeux rivés sur son texte et faisant quelques furtifs aller-retour entre son papier et la caméra. Le regard n’était plus présent. La verticalité aléatoire. Le bon orateur d’hier peut-il être le mauvais orateur d’aujourd’hui ? Je tente une réponse. Oui, si les contraintes, la pression et donc le stress montent en puissance avec la peur du « dérapage » et du « mot de trop ».

    1. Stéphane André

      Merci Laurent pour votre commentaire. Je suis d’accord. J’ajoute simplement que O.Véran est sans doute un orateur doué, mais sans technique.
      C’est justement cette dernière qui permet de passer avec succès les moments où la pression est plus forte. L’Art Oratoire est un sport, il n’échappe pas à ses règles. Le travail d’abord!
      Bien à vous cher Laurent
      Stéphane

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