Un discours convenu

Le 11 novembre, Emmanuel Macron devant l’Arc de Triomphe a fait une lecture appliquée de son discours. Le voilà par exemple égrenant les noms de combattants célèbres (Blaise Cendras, Apollinaire, Kessel…) dans un crescendo soigné, terminant par un silence un peu trop long, pour finir d’une voix presque chuchotée par : « et les autres… tous les autres ». Un travail de diction soigné, mais pas une once d’émotion dans tout cela. On sent qu’il a prévu son crescendo, son silence et la fin de la phrase chuchotée. Tout est pensé d’avance, rien ne vient du ventre. Bonjour la spontanéité, bonjour la passion.

Le texte du discours est aussi soigné. Dans le début, Emmanuel Macron parle du clairon de l’armistice, qui dit-il « sonna il y a cent ans… jour pour jour… ». On attend qu’il dise « heure pour heure » et il le dit ! Bingo ! Tout le discours est nourri de procédés rhétoriques convenus. Un devoir d’étudiant de Sciences Po. Du pain béni pour un si faible orateur qui n’a plus qu’à y déposer le ton convenu. Rien ne surprend, tout ennuie. De temps en temps une caméra nous montre des Chefs d’Etat et de gouvernements écoutant poliment. Ils ne sont pas saisis au ventre. C’est justice car les paroles du Président ne viennent pas du sien.

On peut pourtant reconnaître dans ce texte quelques belles formules. Retenons par exemple : « Le patriotisme est l’exact opposé du nationalisme ». Mais comme une hirondelle ne fait pas le printemps, quelques belles formules ne font pas un discours. Sans les tripes de l’orateur, elles restent des mots d’esprit bons pour les dîners en ville.

On sait à coup sûr qu’un discours vient du ventre de l’orateur quand il est porté par une voix puissante. Elle seule fait naître l’émotion dans son corps et dans celui de ses auditeurs. Macron n’a ni la voix de Mitterrand, ni celle de Badinter, ni celle de Malraux, ni celle de De Gaulle, ni celle de Jaurès. Malraux a appris Jean Moulin aux Français. La célébration du centenaire de l’armistice de la Grande Guerre exigeait une aussi grande voix. L’élève Macron nous fit seulement entendre qu’il comprenait ce qu’il lisait, comme à l’école on le faisait entendre à notre instituteur pendant les leçons de lecture. C’était un minimum. Son petit son ne lui prenait pas tout le corps, il ne vivait donc pas son discours. Les Français qui l’ont écouté ne pouvaient pas le vivre.

Macron a perdu la passion qui l’animait lorsqu’en décembre 2016 le candidat qu’il était brisa sa voix en hurlant « C’est notre projet ! ». On sait qu’il a depuis essayé de travailler sa voix. Qu’il continue. Car pour un Président de la République la pratique de l’Art Oratoire est une obligation civique charnelle, plus encore quand l’unité du pays est menacée comme elle l’est aujourd’hui.

 

Stéphane André