Le Président victime de l’air du temps

Voir la vidéo de la conférence de presse du Président du 25 avril 2019 :
https://www.tv5mondeplus.com/toutes-les-videos/information/conference-de-presse-du-president-emmanuel-macron-25-04-19-conference-de-presse-du-president-emmanuel-macron-25-04-19

Jeudi 25 avril, dans une conférence de presse à L’Elysée, Emmanuel Macron a présenté les mesures qu’il compte prendre pour sortir de la crise. Plus haute est la fonction dans une organisation, plus elle exige d’éloquence chez l’orateur qui l’assure pour unir et entraîner dans l’action, par la percussion du propos et l’émotion qu’elle provoque. Réputé brillant par l’intelligence, Emmanuel Macron le fut moins par l’éloquence.

Conseil de communicant, il est de bon ton aujourd’hui chez les politiques de se tenir face au public comme à une table de brasserie. Cela fait plus proche des gens. Revenez sur la vidéo de la conférence : oubliez l’Elysée, ne voyez que les postures relaxes du Président à sa table, imaginez devant lui sur la nappe justement blanche un demi de bière et une assiette de cacahuètes, il est dans une brasserie. Tout aussi relax intellectuellement, il prend souvent ses idées dans ses notes, son texte (qu’il trouvera lui-même trop long de vingt minutes) n’est pas plus charpenté que ses postures, et il revient toujours paresseusement à cette formule : « je crois (ou je pense) profondément que… ». Son cerveau travaille à l’unisson du reste du corps, relax. C’est physiologique. Peu d’émotion, pas de percussion, partant, peu d’éloquence.

Sur le fond, Emmanuel Macron a proposé quatre orientations assorties chacune de plusieurs mesures. Les questions des journalistes n’eurent pour but que d’obtenir qu’il les précise. Il le fit sans peine, montrant par-là que les réponses étaient prêtes. Pourquoi alors ne pas les avoir données d’emblée ? Ce furent par exemple le montant des baisses d’impôt sur le revenu, ses choix et ses non choix pour la réforme des retraites et la suppression de l’ENA.

Un regard plus solide et plus large d’Emmanuel Macron sur la salle eût redressé son corps dans une belle verticale de leader. Il aurait négligé de s’appuyer sur sa table et sur ses notes. Sa voix plus tendue et plus ample aurait été celle de la France et son cerveau aurait suivi. Il aurait pris de la hauteur, comme l’exigeait sa fonction de Président. C’eût été physiologique. Plutôt que quatre orientations distinctes il aurait dessiné un seul projet pour la France, offrant à chaque Français la possibilité d’y inscrire son avenir et mettant en selle le gouvernement pour le réaliser à brève échéance. S’en serait suivi un échange avec les journalistes éclairant l’avenir.

Au lieu de cela, les questions des journalistes ne servirent qu’à entrer dans le détail des mesures, obligeant le Président à descendre au poste de super Premier Ministre. Il tenta à plusieurs reprises de freiner des quatre fers en arguant du fait qu’il fallait laisser du travail au gouvernement, ce qui bien sûr réduisait son importance.

Loin de conclure sur l’avenir, sa conférence de presse finit par une question sur le passé : avec le recul du temps, comment le Président voyait-il Alexandre Benalla et l’aurait-il aujourd’hui engagé ? Triste fin. Il ne faut pas la reprocher aux journalistes et sans doute pas non plus à Emmanuel Macron victime de l’air du temps. C’est dommage pour lui et pour la France.

On oublie toujours que sans engagement du corps à la tribune, la plus belle intelligence ne peut donner toute sa puissance. C’est pourtant physiologique.

Stéphane André

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