Emmanuel Macron sans mystère

Quand un orateur projette constamment vers ses auditeurs des coups de menton, des gestes censés « renforcer son discours », un front soucieux et un regard inquiet, il leur transmet sa peur de ne pas réussir à les convaincre avec ses seuls mots. Comment croiraient-ils au bien-fondé d’un discours dont l’orateur lui-même paraît douter ? Ressenti purement animal de ses auditeurs : à coup sûr, l’énergie physique que projette vers nous l’orateur cherche à nous contraindre à y croire tout de même. Voilà qui fait fuir en esprit les auditeurs comme le prédateur en vue fait fuir sa proie. C’est un rapport éthologique normal entre le mauvais orateur et l’auditeur, fondé sur leurs instincts de survie respectifs. Le dernier carré des proches de l’orateur masquera sa fuite en se réjouissant après coup de la « courageuse détermination » de son champion. C’est tout ce qui leur restera, en attendant de le trahir pour en suivre un autre.

Mardi 16 octobre, s’adressant aux Français à la télévision, Emmanuel Macron a été cet orateur tristement impuissant, se référant le plus souvent à des notes parsemées de ratures, dans une lumière très insuffisante. Ses intonations laborieuses et ses silences téléphonés ne réussirent pas à donner le change. Malheureux produit des épreuves de récitation de son enfance, auquel les cours de théâtre n’ont apparemment rien changé, Emmanuel Macron s’est évertué à « mettre le ton ». Cet amateurisme de la diction associé à l’hyperactivité faciale du prédateur suppliant sa proie de se laisser prendre, aurait pu faire rire. Mais personne n’a ri et personne n’a compris.

Seuls les grands orateurs font l’Histoire. Son souffle puissant les traverse, leur inspirant des textes à sa mesure. Ils n’ont besoin ni de notes, ni de prompteurs, ni des conseils de leur cour et ils attirent la lumière. Leur voix part du ventre, redresse leur dos jusqu’au ciel et apporte à leur face la sérénité qui fait le mystère des grands personnages.

Quelques jours plus tôt, le 4 octobre, Emmanuel Macron était en pèlerinage à Colombey les Deux Eglises dans l’ancienne demeure du Général De Gaulle. En cette rentrée difficile pour lui, c’était une bonne idée pour prendre de la hauteur. Mais il y fut sous l’œil des caméras de télévision. Cela nous donna l’occasion de le voir à nouveau déraper au sortir de sa visite, (son « je traverse la rue, je vous en trouve » est encore dans tous les esprits), en reprochant à une retraitée modeste de se plaindre de son sort.

Sans aller à Colombey, Emmanuel Macron aurait pu simplement relire dans son bureau quelques pages du grand homme. De Gaulle écrit par exemple dans Au Fil de l’Epée : « L’autorité du chef réside dans son mystère ». Seul l’Art Oratoire pourrait apporter à notre Président ce mystère. Il élèverait par la même occasion son discours à la hauteur de notre Histoire.

Stéphane André

Commentaires

  1. campana

    ” Seuls les grands orateurs font l’Histoire” …danger … la réciproque est elle vraie
    On a eu coutume d’élever au rang d’orateur JM LEPEN …?? fit il l’Histoire ?
    Aujourd’hui, jour de midterms aux USA un ” grand orateur ” se démène et accumule vindicte , racisme , machisme , mensonges , etc… avec une ” incarnation ” suffisante pour capter les votes de son fan club… si c’est cela faire l’Histoire…

  2. Jean Ferreux

    Bonjour Stéphane,
    Juste pour vous dire que je lis, du fond de mon Vexin, vos billets toujours avec plaisir, car leur justesse est toujours là.
    Amitiés

  3. flipo valérie

    Merci de remettre l’authenticité au cœur du débat (politique, entreprise…). Nous en avons tellement besoin.

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