Charme ou charisme pour quoi faire ?

Lundi 17 juin, peu après son discours de politique générale à l’Assemblée Nationale, le Premier Ministre Edouard Philippe a été l’invité de « C à vous » sur France 5. Il fut comme un poisson dans l’eau dans cette émission au style décontracté. Il répondit à toutes les questions, y compris aux plus délicates pour lui comme celle qui portaient sur la PMA, avec gentillesse et en prenant tout son temps.

L’homme est sympathique – même ses opposants politiques les plus durs ne peuvent le lui retirer – mais ça n’est pas un orateur. On lui montra une compilation vidéo de ses plus beaux lapsus et un festival de bafouillis dont il ne parvenait pas à sortir lors d’un de ses discours. Il sourit à tout cela et expliqua que le jour des bafouillis il était vraiment très fatigué. Il le dit avec une si touchante sincérité qu’on ne pouvait que le comprendre. Plus encore que sympathique, Edouard Philippe a du charme. On peut même lui reconnaître un certain charisme. A deux lettres près, c’est le même mot. Mais le moins que l’on puisse exiger d’un orateur est qu’il maîtrise son langage et qu’il articule correctement même lorsqu’il est fatigué.

En général, en amont des difficultés d’articulation on trouve des problèmes de posture. La plupart des orateurs de taille moyenne installés derrière un pupitre font l’erreur de le tenir à deux mains et, si on les fait asseoir derrière une table comme c’est le cas dans l’émission « C à vous », ils font celle de s’y accouder. Victimes de la même habitude, mais tributaires d’un mobilier toujours beaucoup trop bas pour eux, les orateurs de grande taille sont obligés de s’arc-bouter carrément sur le pupitre ou de s’affaler sur la table. Toute l’énergie de ces malchanceux se concentre alors dans la face, gênant considérablement leur articulation notamment quand ils sont fatigués.

Plus embêtant, quoi que rarement souligné chez les orateurs charismatiques comme Edouard Philippe, est le problème de la voix. Dans une chorale on se redresse instinctivement pour chanter d’une belle voix. Edouard Philippe apparemment se préoccupait peu de la sienne. Si vous avez vu l’émission, essayez de vous souvenir de son timbre, de la couleur de sa voix… vous aurez bien du mal. Sa voix a-t-elle vibré à un moment ou à un autre d’une émotion quelconque ? Pas plus en tout cas que dans une aimable conversation de salon. La carne totalement relâchée du Premier Ministre, à la différence de celle du choriste en action, ne le permettait pas. Sans voix, Edouard Philippe n’a pas pu jouer sa partition de Premier Ministre ce soir-là, ce qui fait qu’il n’a pas incarné son personnage.

Il ne restera de lui dans cette émission, que le souvenir d’un grand type sympathique. C’était notre Premier Ministre ? Ah bon !…  Alors ce fut une apparition pour rien.    

Stéphane André

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